Chapitre 1

Lucas, le chauffeur-guide, attend que son groupe qui a fini la visite, monte dans le car pour les emmener à l’hôtel. Le défilé des voyageurs commence dans l’allée étroite.
— On va à quelle place ? demande Agathe en montant.
— Sais pas, au milieu ? Réponds Pierre.
— On va pas plutôt au fond ? 
— Pourquoi tu me demandes si tu veux aller au fond ? rétorque-t-il.
— Pour être gentille, mais c’est bon, on va au milieu, soupire Agathe, lassée.
Agathe lève les yeux au ciel en se dirigeant vers les places centrales du car. Elle porte son appareil photo autour du cou. Pierre vient s’installer sans un mot. Ils sont rapidement suivis par les autres voyageurs qui prennent place en piaillant joyeusement. Agathe prend son journal pour y écrire ses impressions pendant que Pierre regarde par la fenêtre.

« En route, 1er jour de voyage,
   On est partis depuis hier. Pas un mot ou presque dans le car. Sauf pour choisir sa place. Et comme d’habitude, il n’a pas écouté ce que j’ai dit. Je l’ai suivi. Je me suis assise près de lui pour avoir une paix relative. On ne va pas commencer à se disputer dès le premier jour, sinon, merci pour le reste des vacances. Mais j’ai pris le côté du passage, comme ça au moins, je pourrais parler aux autres s’il continue comme ça. Histoire de ne pas avoir l’impression d’être en voyage seule, vu nos longs dialogues de ces dernières semaines. Garder les apparences. Prendre sur moi. Peut-être que ces vacances vont nous permettre enfin de nous retrouver et de parler. Ce n’est pas comme si on s’était éloignés depuis quelques années, hein ? C’est le but de ce voyage à la base. Il les a choisies avec moi, ces vacances. Espérons qu’il va remarquer mon effort. Je vais essayer d’être un peu moins exigeante et moins le faire s’ouvrir. Briser la routine qui a certainement causé cette situation. On verra. En même temps, on est partis très tôt et on a dormi la majorité du voyage, à sa décharge. Maintenant qu’on va commencer vraiment le voyage, on va voir s’il ouvre un peu la bouche. J’espère vraiment que ce voyage va nous aider. Je dirais bien que c’est le voyage de la dernière chance et qu’il est mal engagé, d’ailleurs, vu comme Pierre continue à réagir. J’ai eu la stupidité de croire qu’il allait se détendre et qu’il communiquerait un peu plus. On verra, allez, je ne vais pas non plus commencer à m’emballer dès le début du voyage. Peut-être que ça va venir avec la visite. On a à peine commencé le voyage. Il lui faudra encore un jour ou deux pour que ça aille mieux. C’est à moi aussi de prendre sur moi. Allez, on y croit. C’est pas comme si je le portais à bout de bras depuis des années, hein ? À me demander quand il va sortir de sa caverne pour me dire ce qui ne va pas ? Le guide a dit qu’il fera un temps magnifique cette semaine, le soleil va lui faire du bien. Peut-être que j’aurais un sourire avant la fin de la journée, allez, on croise les doigts.
   Nous avons un grand car et sommes peu nombreux. Je pensais qu’il y aurait du monde qui nous rejoindrait encore, mais non, nous avons fini le dernier chargement dans le Sud, puis nous avons pris la direction de l’Italie. Le guide nous a expliqué qu’il y a eu beaucoup de désistements de dernière minute. Nous avons un grand car pour un petit groupe. Et du coup, il est notre chauffeur-guide. Très avenant. Un vrai Italien, qui fait des compliments aux femmes, qui les aide à monter dans le car… Et il est bel homme, ce qui ne gâche rien. Il s’appelle Lucas, il est assez grand pour un Italien, c’est étrange, les cheveux bruns un peu longs, des jolis yeux, une carrure pas mal du tout et un petit fessier qui a du potentiel. À suivre pour les détails durant le séjour, mais j’ai de quoi admirer la vue. On se dirige vers Gênes, on verra, je ne connais pas du tout. Peut-être que Pierre va apprécier la ville. Qui sait ? »

À Gênes, une guide locale les emmène visiter un peu la ville en leur expliquant son histoire, avec ses banquiers. Agathe écoute attentivement, fait quelques photos, profitant du soleil au zénith, dont une qu’elle poste sur Facebook pour ses enfants. Ils déambulent dans les rues, découvrant les nombreux établissements qui servaient aussi à la construction des bateaux. Revenus dans le car, Agathe gribouille quelques lignes dans son journal le temps de la route, les lunettes de soleil reposant sur son crâne.

« Cette ville est magnifique. Je ne savais pas qu’elle avait une histoire aussi riche. J’ai découvert l’histoire des banquiers génois et ce qui a fait la richesse de la ville. Nous avons pu nous promener sur le port pendant le temps libre. J’ai acheté une carte postale pour les enfants. Je leur ai promis de leur envoyer une carte par jour. Le pire a été de trouver une boîte aux lettres pour la poster. Lucas m’a aidée. Il va l’envoyer directement. Je lui ai expliqué que c’est pour mes enfants, et qu’ils attendent d’avoir une carte. Il a souri et m’a promis qu’il fera le nécessaire. Ça fait du bien de sentir qu’il y a au moins quelqu’un qui tient à ce qu’on passe un bon voyage. Mon compagnon de voyage m’a juste suivie, sans rien dire, sans avoir d’émotion. Lucas est très disponible avec tout le monde et très jovial. Je commence à bien l’apprécier. Et il a toujours un joli petit cul.

Les gens sont par couple ou même carrément en groupe, donc, pour l’instant, c’est assez cordial, mais distant. On a apparemment deux célibataires, un jeune homme métis qui est bien souriant et semble bien gentil — je n’ai pas retenu son prénom — et une jeune dépressive qui regarde le métis comme un dieu vivant. Il faut dire qu’il est assez mignon, encore plus quand il sourit. Il est galant, il laisse toujours passer les dames. Il a même proposé d’aider pour porter les valises et les sacs. Il ne sait pas à quoi il s’engage avec le mien ! À mon avis, il ne restera pas longtemps tout seul à sa place. La jeune fille n’attend qu’une chose, c’est qu’il l’invite à venir près de lui. 
Et Pierre, lui, il regarde tout, comme une vache regarderait les trains passer. Pourtant, j’espérais que ce voyage contribuerait à améliorer son humeur et lui donnerait plus envie de faire quelque chose d’intéressant. Même ce temps magnifique et ce soleil n’arrivent pas à le dérider. Je ne vois pas ce qui le pourra. »

— Bon, j’espère qu’ils vont nous laisser visiter une église ! s’exclame une voyageuse.
— Mais oui, Giulia, c’est prévu dans le programme, soupire Tito.
— Je vais quand même demander au guide tout à l’heure.
— Laisse-le conduire, Giulia, tu as bien le temps de le fatiguer pendant la semaine.
— tssss !

Elle jure en italien dans sa barbe, se tournant vers le couloir pour l’ignorer. Elle en profite pour regarder les autres voyageurs d’un air inquisiteur, insistant sur les jambes des femmes dont elle trouve les bas un peu trop courts.

 
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