Les meilleures ennamies

           

Ennamies

 

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   Tout a commencé quand ma maîtresse a décidé de déménager. On était un peu à l’étroit, mais on était toutes les deux, elle ne s’occupait que de moi, son petit chat préféré. Un jour, un homme est venu, l’a aidée à porter ses affaires, puis m’a mise dans un panier en plastique, et me voilà partie, avec des doigts qui passent dans la grille pour me rassurer, de temps en temps. Je dors d’un œil, à l’affût de ce qui m’attend. Je suis dans une boîte qui fait du bruit, et qui se déplace. Pas l’habitude de ça moi. Je pleure, où est-ce qu’elle veut m’emmener encore ? Elle ne va pas m’avoir aussi facilement la maîtresse, elle m’en a déjà fait des coups comme ça… Elle me lâche dans un endroit inconnu, plein d’odeurs assez bizarres. Y’en a une, plus forte que les autres, d’une bête. Laquelle, je n’arrive pas encore à l’identifier. Il faut que je reste sur mes gardes tout de même. Nouvelle maison, nouveaux habitants, apparemment, dont des habitants à quatre pattes. J’aime pas mes congénères. Je suis un chat mysan-autres-bêtes, c’est comme ça. J’explore un peu les lieux, puis je mange ce qu’elle me donne, et bois quelques lampées d’eau fraîche. Je ne bois que de l’eau fraîche. C’est meilleur pour mon poil.

   Après quelques jours, je suis obligée de descendre l’escalier, parce que dès que j’allais au bac, là où il était, j’entendais les deux me crier dessus quand je faisais mes besoins. Est-ce que je leur dis quelque chose quand ils font aller la chasse d’eau moi ? J’ai fait le gros dos, façon de parler, en ignorant ce qu’ils disaient. De toute manière, je ne comprends pas grand-chose à ce qu’ils racontent dans les détails, mais au ton de leur voix, je comprends bien que ce ne sont pas des gentillesses qu’ils me racontent. Ma maîtresse, toujours pleine d’idées, surtout pour me rendre la vie plus difficile, a descendu mon précieux bac. Pour aller faire ma petite commission, maintenant, je dois donc faire attention en descendant, de ne rien rencontrer, surtout pas cette énorme boule de poil, qui a un nez plus gros que le reste, qu’elle présente à tout vent. Et puis quand elle arrive, on n’entend qu’elle… Comment ça peut exister des bestioles pareilles ? Quand je pense qu’ils me mettent en sa présence dès qu’ils le peuvent. J’en veux pas de ce machin moi ! Laissez-la au jardin !

   La bestiole dont le chat parle, c’est moi, Myrtille. Je suis un bouvier des Flandres, de 35 kilos. Mon papa surveille mon alimentation, je suis dans les critères de beauté classiques des chiens. Je vivais tranquille dans mon jardin et sur mon tapis quand ce chat est arrivé chez moi. D’ordinaire, les chats,
j’ai le droit de les chasser. Y’en a pas un qui passe dans mon secteur, et s’ils passent devant ma maison, ils sont au pas, parce que je leur rappelle qui commande ici. Celui-là, j’ai pas le droit de le toucher, pas le droit de le sentir, rien. Dès qu’il me voit, il me souffle dessus, et me miaule des trucs incompréhensibles, mais vu son air pas aimable, je comprends bien que ce ne sont pas des gentillesses. Le plus drôle dans cette affaire, c’est que ce minuscule pit-bull, je peux le croquer d’un coup de dents, elle est minuscule en plus ! Ça existe, des chats toy ? La nouvelle organisation est la suivante ; quand je suis au jardin, le chat descend, se promène dans la maison pendant que je la surveille de dehors. Sinon, elle est en haut et moi en bas. Personne ne se côtoie.
   Maintenant, il leur a pris une autre idée aux humains. Ils sont pas très nets, je vous jure, quelle est cette lubie de laisser mon jardin au chat ? C’est mon secteur ! Déjà qu’elle me prive de mon salon quand elle est là. Ou je peux rentrer, mais uniquement si je suis attachée. Faut me comprendre aussi, j’ai bien envie d’aller sentir ce chat. J’en ai jamais vu un de si près. Surtout que celui-là, il est chez moi. J’aimerais bien savoir pourquoi j’ai pas le droit de le chasser comme les autres, celui-là. Puis cette petite taille ? On croirait un bébé, mais son air agressif, c’est pas un air de bébé, ça. Comme je suis la plus grande, je me fais disputer, et c’est moi qu’on attache pendant que la petite noire et blanche promène comme elle veut en me soufflant dessus. Quelle vie…

   Le soir, quand il fait un beau soleil, je descends, mais malheureusement, comme toujours, y’a cet énorme chien tout laid qui me surveille. Je tente de me cacher, ventre à terre, mais sur un carrelage blanc, elle arrive toujours à me repérer. Alors je ruse, je me cache derrière le canapé, puis derrière une plante, et je cours vite vers la cuisine, pour éviter qu’elle ne tente de m’attraper quand je passe. Une fois, elle m’a vue, et elle est venue sur moi. J’ai cru mourir de peur. J’ai eu beau griffer, souffler, me défendre, j’avais un amas de poils dans les pattes, et une énorme truffe qui aspirait tout l’oxygène environnant. Heureusement que le Maître est arrivé pour me sauver. Il a disputé la chose. Mymy qu’il l’appelle. Quel nom pour un machin comme ça. Boule de suif, ça lui irait mieux. Ou Bigfoot.

   Un jour, j’ai pu l’approcher de près, ce chat. Je l’ai vue passer, discrètement, comme un éclaireur d’artillerie qui indique à sa troupe le chemin à suivre. Je l’ai suivie, sur la pointe des pattes, et j’ai
réussi à coller ma truffe sur elle dans la cuisine. Elle était sur le dos, moi, la truffe sur son ventre, pour respirer l’odeur d’un chat. Savoir enfin ce que c’est de près. Ça sent bizarre… Pourtant, j’ai entendu dire par les autres que ça se lave tout le temps, mais moi, ce que j’ai remarqué, c’est qu’il y a toujours un relent particulier. J’ai pas encore réussi à déterminer lequel, il faudrait que j’arrive à reposer la patte sur elle pour la sentir à nouveau, mais c’est pas facile avec mes maîtres qui la surveillent tout le temps. Quand je peux, je monte la garde au pied de l’escalier, pour la voir descendre, elle me regarde du haut sans bouger. Oh je sais ce qu’elle pense, elle se sent en position de supériorité, du haut de ces marches, mais un de ces jours, je l’aurais, et on verra qui sniffera la dernière.

   Ce que ça peut être bête un chien… Je la regarde du haut de l’escalier, la Mymy-big-foot, et elle, qu’est-ce qu’elle fait, elle va regarder mon bac. Si je descends un peu pour lui montrer que j’ai pas peur d’elle, elle s’agite dans tous les sens, et elle va mettre sa tête dans mon bac. Est-ce que je vais m’occuper de son lieu d’aisances moi ? Quel manque de respect, tout de même ! Ces chiens n’ont aucune éducation, ma mère m’avait bien prévenue. Il faut dire qu’avant, j’étais bien tranquille, je vivais seule, sans autre bête autour de moi. On ne s’occupait que de moi, et tout était bien dans le meilleur des mondes. Maintenant, je me retrouve avec cet ours en peluche gigantesque, ou alors je me fais emmener dans un endroit particulier où il y a d’autres bêtes étranges. Mais Big-Ours n’arrive pas à m’attraper, parce qu’il y a une protection. Moi, je lui dis de partir quand je la vois. Je l’aime pas, et je ne manque pas de lui rappeler dès qu’elle pointe le bout de sa truffe.
   Il comprend rien ce stupide chat ! Je suis assise, bien droite, y’a pas un poil qui dépasse. On pourrait faire un portrait de moi comme chien modèle. Avec les humains, ça marche, j’obtiens ce que je veux quand je fais ça. Avec elle, que dalle, elle me miaule des trucs que je ne comprends pas, et part en courant. Je comprends pas le langage du chat moi ! La seule langue que je parle avec eux, c’est leur courir après, ils se sauvent parce qu’ils ont peur de moi. Ici, je suis obligée de copiner avec, comment ils l’appellent déjà ? Mimine… Elle en fait une belle de mimine ! Oui, elle tient dans une main, c’est clair. Pourtant, elle n’est pas si jeune. Mais pourquoi un nom comme ça, quand ils l’appellent, je crois qu’on m’appelle moi, donc, je rentre, et je me fais rembarrer, parce que c’est l’autre qu’on appelle. Ben appelez-là par son vrai nom ! Mini-envahisseur ! Ça émigre chez moi, et c’est encore à moi de lui faire la place. Elle va squatter mon tapis aussi ?


   Avec le Maître, j’ai jamais le droit de rien faire. Pas monter sur le lit, pas venir m’installer sur le tas de linge, pas dire quand ça va pas… Ma maîtresse, elle est parfaite pour ça, je dors avec elle, sur elle, je la réveille quand j’ai faim, je peux aussi lui demander à boire. Elle me comprend toujours. On parle parfois. Je ne comprends pas toujours ce qu’elle me raconte, mais quand je lui dis « mais oui ! », elle est contente. Si on arrive à se comprendre comme ça, je ne demande pas mieux. À partir du moment où j’ai des croquettes, et un petit pot de yaourt à lécher, moi, ça me va. Ma méthode est pas mal quand même, j’ai pas attendu après Gros-Ours pour l’appliquer. Je me mets aux pieds de ma maîtresse, bien droite, et j’attends. J’obtiens toujours le pot à lécher. Ce que c’est bon ces trucs ! J’ai tenté avec le maître, parce que j’ai remarqué qu’il boit du lait, mais il ne veut pas que je lape sa tasse avant lui. Il est pas partageur, mais faut dire que pour vivre avec Big-Ours, faut pas être tout à fait normal, entre nous.

   L’indésirable, elle passe devant la baie vitrée, quand elle est fermée, puis elle me miaule des trucs, elle est tellement stupide qu’elle n’a pas compris que j’entends rien derrière le carreau. De toute manière, ça doit pas être des trucs gentils, donc, autant que je ne les entende pas. Elle est comme une puce accrochée à ton pelage, elle te gratte, mais quand tu veux la chopper, elle est déjà partie plus loin. Parce que ses paroles là, elle viendrait pas me les dire en face hors de la présence des humains ! Non, il faut toujours qu’elle se fasse protéger par l’un ou l’autre. Elle a la trouille de moi, la mini-puce. C’est vrai que si je pouvais… Je courrais derrière elle jusqu’à ce que je n’ai plus de souffle. J’adore courir après les chats, ça m’amuse. Le plus drôle, c’est quand je l’attrape, je peux le sentir, histoire de faire les présentations, le temps de reprendre mon souffle, puis je le laisse repartir, il court à nouveau, moi après lui, comme à la chasse. J’adore chasser.
   J’ai pu sortir. Big-Nounours est à l’intérieur. Elle me regarde derrière le carreau, elle n’arrête pas de faire des allées et venues, m’en fous, je m’en occupe pas. Je continue à explorer les environs. Je suis sur la terrasse où je regarde de plus près. De l’herbe, c’est bon ça, j’aime bien, ça me nettoie l’intérieur. Y’a aussi ces grosses bêtes à cornes qui sont toujours en train de manger, puis ces volatiles qui hurlent dès que je les approche. Mais ils me font rien, alors je les laisse tranquilles. J’avance un peu, doucement, parce qu’en terrain inconnu comme ça, faut éviter de prendre trop de risques. Quelques pas, encore un peu, je sens le sol, rien à signaler, tout va bien, on continue. J’avance une patte, puis l’autre, en cadence mais avec prudence. Je me dirige vers une grosse maison
en bois, où les maîtres vont parfois, mais je n’y vais jamais. Ils n’y passent pas tout leur temps non plus. Ça doit être une maison pour Big-Nounours ça. Je m’en approche, histoire de voir si je peux en savoir plus, et d’un coup, je me sens glisser sans pouvoir contrôler. Je sors les griffes, mais rien à faire, je n’accroche rien. Chus sûre que c’est ce rognodidioudechien qui a fait un trou. Mais comment il a fait pour le creuser aussi profond ? Je tente de m’agripper comme je peux, sentant mon pelage continuer à glisser sur la terre. Dans quel état je vais être encore, toute ma toilette est à refaire, pis la boue, pouah ! Il ne me reste qu’à attendre la fin de la descente. Ça se passe très vite, mais en même temps, le temps me paraît si long…

   J’ai réussi à sortir, chouette ! Le chat est encore dehors, je l’ai vu. Elle a disparu sous le chalet, me demande ce qu’elle est allée trafiquer là-bas… Ils ont de ces idées bizarres les chats, tout de même. Enfin moi, je vais aller voir, mes maîtres n’ont pas vu que j’ai fait un trou la veille, et ce stupide chat, il est tombé dedans. Je me précipite vers le chalet pour voir où elle est. Je me retourne, ils sont repartis dans la maison, j’ai tout mon temps pour la trouver maintenant. Je sens un peu, mais je ne trouve rien. Pourtant, je l’entends pleurer. Je m’agite un peu, je suis énervée moi, de savoir ce chat si près de moi comme ça, j’aboie pour lui dire de remonter, mais elle continue de pleurer comme si elle avait perdu sa mère. Je lui aboie que je ne comprends rien à ce qu’elle raconte, d’être plus claire dans ce qu’elle dit, et de miauler doucement, pour que j’arrive à décrypter quelque chose. J’entends un grondement, et des feulements. Je ne comprends toujours rien, mais à mon avis, ça doit pas être des mots gentils. De toute manière, de sa part, je n’attends rien de très sympathique.

   Mais qu’est-ce que je fais ici ! Le chien m’aboie des trucs, mais je comprends pas ce qu’il dit, en plus, il est tellement énervé que je n’arrive pas à deviner ce qu’il peut dire. S’il pouvait glisser une patte à laquelle je m’accrocherais pour me remonter… Promis, je ne la grifferais pas ni ne la mordrais. Par la suite, je ne promets rien, mais maintenant là, je donnerais ma gamelle et mes yaourts pour qu’on me sorte de là. J’entends un bruit. Pas un qui vient d’en haut, un qui vient de la terre, tout près de moi. Je pousse un hurlement de peur. C’est quoi cette chose ? Un machin noir, à poil ras, qui avance son nez comme le chien. Il est plus laid que Big-Nounours, faut le faire ! Je lui mets un coup de patte, en sortant les ongles, vais pas me laisser faire par ce truc, non ? Elle pousse
ce qu’on pourrait qualifier de cri, et repart dans l’autre direction. Moi, je suis toujours coincée en bas, et j’entends le chien, en haut, qui respire si fort que j’ai peur de ne plus avoir assez d’air très vite s’il continue. Je lui dis d’arrêter ça, et de chercher un moyen de me faire sortir plutôt.

   Qu’est-ce qu’elle veut ? Je comprends rien. Miaou, meouw, miamiamiaouuu ? Mouais, peut mieux faire. Je parle pas avec les chats, on court. Avec celui-là, c’est pas possible, et maintenant, il me parle… Il doit vouloir que je l’aide, je pense. Sais pas quoi faire. Les trous, je les creuse, je ne m’amuse pas à en sortir des trucs, encore moins des chats. Quoique si elle arrive à en sortir, ça peut être drôle, parce qu’après, pour me remercier, elle va devoir jouer avec moi. J’ai quelques idées, plus drôles que de courir après la balle. Je glisse la patte, doucement, comme je peux, mais j’arrive pas à aller très loin, j’ai beau l’agiter et me coucher très bas, je ne peux pas aller plus bas. J’aboie au chat que je ne peux rien faire, elle doit se débrouiller. Je vais dormir un peu. Ces émotions m’ont éreintée. Je me couche, de tout mon long, les pattes en avant pour bien aérer tout ça, et bientôt… rrrrrrr
    Ben voilà, on ne peut pas compter sur les chiens, ma mère m’avait bien prévenue. Je continue à surveiller de près le trou par où est arrivée la bestiole. Si elle vient, je lui mets un de ces coups de patte dont elle ne va pas se relever. J’essaie de tenter de remonter, mais rien n’y fait. Je m’énerve, j’essaie d’avoir des mouvements plus rapides, mais je recommence à glisser. Que faire ? Eh bien, je vais dormir un peu, ça m’aidera à réfléchir. Je me mets en boule, et je commence à tomber dans un sommeil profond et réparateur. Quand je me réveille, je m’aperçois que la lumière a diminué, ce qui me fait dire qu’il doit être assez tard. Je prends mon élan autant que je peux dans ce réduit, et je me lance, toutes griffes dehors, en les plantant bien profond sur ce que je trouve. J’arrive à m’agripper et avec des mouvements très rapides, je parviens à grimper, mais le bidon passe difficilement dans l’orifice par lequel je suis tombée. Comment j’ai fait pour tomber alors ? J’arrive à sortir en m’agrippant avec les griffes et en tirant bien fort. Les croquettes, c’est bien bon, mais il va falloir que je me rationne un peu. Je regarde si le chien n’est pas dans le coin, on ne sait jamais.
   Ma patience a été récompensée. Je ne vais pas trop me précipiter. Attendons un peu pour voir ce qu’elle va faire, comme une proie que je guette. Je me glisse près de la haie, tapie aussi plat que je peux, et je la regarde, d’un œil, en faisant semblant de dormir. Elle a l’air d’avoir quelques soucis à sortir de sous le chalet, c’est normal, avec une bouée pareille sur le ventre, on se demande comment elle a fait pour tomber. Ça doit être le phénomène de gravitation dont j’ai entendu parler par
d’autres chiens très cultivés. Enfin, pour l’instant, le chat, il tente de vérifier l’hypothèse que si les moustaches passent, le reste passe. C’est bon, elle arrive. J’attends un peu, pour qu’elle prenne de l’avance, puis je me lance, heureuse de pouvoir enfin l’attraper, juste pour moi. On va bien s’amuser toutes les deux. Je colle mon nez sur elle, pendant qu’elle miaule comme une damnée. Tant pis pour elle, moi, j’ai le chat sous la truffe, je profite pour le sentir à nouveau, vérifier cette odeur que je ne reconnais pas. Aie, mon papa arrive, il me fait partir, et laisse rentrer le chat. Il est pas content… Je vais me tapir un peu plus loin en faisant des airs de malheureuse, ça marche à tous les coups. Enfin mieux avec la maîtresse qu’avec lui.
   Je profite pour partir très vite, en courant plus vite que je n’ai jamais fait, même pour une gamelle pleine de crevettes, et je miaule très fort pour qu’on vienne m’ouvrir. Le chien arrive en courant, comme il est énorme, le big-nounours, il arrive vers moi en trois coups de patte. Elle met sa grosse truffe en avant pour me sentir. Je souffle, je me hérisse, mais elle n’entend rien, elle continue jusqu’à ce que mon sauveur arrive et la sépare de moi. J’ai cru qu’elle allait rentrer sa truffe dans mon ventre, cette brute ! Je pars en courant dans l’escalier, quasi morte de peur, et je vais me réfugier dans mon antre. Que d’émotions ! Après une bonne sieste réparatrice, je descends doucement l’escalier, puis j’écoute, pour vérifier que le monstre n’est pas rentré. J’ai faim, et j’aimerais bien aller manger un morceau, mais il faut d’abord être sûre qu’une truffe ne va pas venir absorber tout mon oxygène. Et me rentrer le bidon au niveau des amygdales.
   Je suis repartie dehors. Je sens partout les odeurs de chat. Je peux refaire sa trace intégralement. Ce que je fais d’ailleurs. Il est bon de connaître ses habitudes pour mieux la surprendre une autre fois. La séance de tout à l’heure ne m’a pas suffi, mais je sais que j’en aurais bien une autre. Je suis patiente. Et puis je peux l’observer quand elle va manger aussi, dans la cuisine, alors que je suis à l’extérieur. Elle me miaule à chaque fois quelques trucs, mais elle n’a pas toujours compris que je ne comprends rien, avec la fenêtre fermée. M’enfin, c’est un chat. Ils n’ont jamais été dotés de beaucoup de cervelle, comme j’ai pu le remarquer dans ma longue expérience. Je vois ma maîtresse arriver, elle a mis ses baskets. Ça veut dire promenade ça. Je suis toute contente, et je saute partout de joie. Elle me regarde, l’air sévère, et attend que je m’asseye. Elle est marrante la maîtresse, elle prend des airs méchants, mais elle me passe tout ce que je veux, et quand je veux. Alors de temps en temps, je lui fais plaisir en faisant ce qu’elle attend. Nous partons en promenade toutes les deux. Je
vais pouvoir repérer les chiens qui sont passés dans le coin et leur rappeler qui est la chef ici.
   J’ai entendu que Big-Nounours est partie avec la maîtresse. Tant mieux, j’aurais du calme et de la tranquillité durant un petit moment. Le maître revient. Après quelques taquineries dont j’ai pris l’habitude maintenant, je descends avec lui. Je le suis jusqu’à la baie vitrée admirer le jardin, vide et tranquille. Il y a quelques oiseaux qui m’excitent la vue. Il m’ouvre la porte. Je sors à pas de loup pour ne pas effrayer mes petits amis, mais ils me voient arriver. Ils s’envolent immédiatement. Bande de mauvais joueurs, c’est pas juste d’utiliser ses ailes. Je continue à regarder le jardin, je vais jeter un œil rapide vers les voisins, vérifier si leurs chats ne sont pas là. Je dois leur montrer qui commande ici. Ils ne sont pas là, ils doivent être cachés. Je continue mon exploration du jardin, les chèvres, comme d’habitude, je les regarde en avançant, et rotonodidjiou ! J’avais oublié ce trou ! Je me retrouve au fond, bloquée, comme la dernière fois. Je réfléchis un peu sur la manière dont je suis ressortie la dernière fois. Vérification, la bestiole qui fait des passages n’est pas là. Avec un élan, je remonte, je prends l’habitude maintenant. Je remets ma fourrure en place quand j’entends un miaulement de menace. Plaît-il ? Je vois une horde de chats qui me regardent, l’air agressif, le chat que j’ai chassé de mon coin la dernière fois devant les autres. Ah, il est bien fort, avec ses petits copains. Même pas peur…
   Enfin un peu quand même. Je les regarde, prête à retourner au fond de mon trou, et attendre que Big-Nounours rentre. Jamais là quand il le faut, celle-là ! Je m’avance, en faisant le gros dos, l’air tout aussi menaçant, les griffes sorties, et je miaule très fort pour leur faire peur. Ils se moquent, normal, six chats contre une seule, modèle réduit, ça ne leur fera pas très peur. Réfléchir, très vite. Je saute la clôture pour aller vers les bêtes à cornes et à plumes, le temps qu’ils attaquent les gros oiseaux plumés, j’aurais un peu de répit. Les bêtes cornues, si elles décident que les autres chats, c’est bon à manger, je serais sauvée. Sauf que… Ils me poursuivent, mais ne voient que moi. Je suis très mal là. Je continue à courir, tentant de me réfugier là où je peux, pour mettre quelques coups de pattes bien placés, je ne vois que des yeux furieux, des pattes avec des ongles démesurés. Je tente de taper là où je peux, et de me mettre à l’abri comme je peux. Je crie, je miaule, je menace, personne ne vient à mon secours. Ils sont certainement partis de la maison. Et moi qui suis dans ce jardin hostile, avec ces brutes. Où est ma maîtresse qui me protège tout le temps ?
   La promenade fut bien agréable. Nous sommes allées nous balader du côté de l’écluse. J’aime


bien, il y a de l’eau, et sur les chemins, je peux regarder dans les fossés si je trouve un rat. Si le chat est sage, je lui en ramènerais un. Je rentre, contente de ma sortie, je m’ébroue, j’attends de pouvoir sortir. La porte s’ouvre, je fonce dans le jardin, quelque chose d’étrange a retenu mon attention. Que font tous ces chats dans mon territoire ? Ils ont perdu la tête ? Je vois une petite bête blanche et noire, apeurée, seule contre les autres. Je rampe pour m’approcher, ne pas leur faire peur tout de suite. Il faut toujours savoir garder le plaisir de la chasse. Si on perturbe la proie tout de suite, on n’a plus aucune chance de l’attraper. J’avance tranquillement, pour apercevoir ma copine mini-chat, seule contre les autres. Ah elle est moins fière là, la petite. Je les vois tous, qui l’ont entourée en la menaçant, et qui continuent à tourner autour d’elle pour l’effrayer. Ça a l’air de bien marcher, elle ne bouge plus. Elle est déjà pas bien grande mais alors là, c’est à peine si on distingue une oreille. Je tends une patte, puis une autre, le corps suit. Ils sont si occupés avec la Mini-mimine qu’ils ne me voient pas. La belle aubaine… Brusquement, je me lève, aboyant de toutes mes forces. Leurs yeux écarquillés me regardent, leur sang ne fait qu’un tour, ils fuient comme une volée de moineaux. Même derrière la clôture ils ont peur de moi.

   J’ai cru ma dernière heure arrivée ! Heureusement, Big-Nounours est arrivée pour me sauver. Puis ma maîtresse, qui ne comprenait pas pourquoi Big-Nounours se comportait ainsi. Faut dire qu’elle n’a jamais été très discrète. Faudrait que je lui montre un jour, comment un vrai chasseur agit. En attendant, je ne peux rien dire, heureusement qu’elle était là, sinon, je ne donnais pas cher de ma peau. Ils étaient vraiment décidés à me donner une bonne leçon ces raclures de gouttière. Je la regarde, l’air tout de même menaçant, pour qu’elle se rappelle que je l’aime pas malgré tout, je lui miaule un faible merci. Ma maîtresse me prend dans ses bras, j’y reste volontiers. Je vais faire un peu ma victime pour qu’elle me donne un bon bol de croquettes, de l’eau fraîche et peut-être un petit yaourt pour me consoler de mes émotions. Au lieu de tout ça, elle va se moquer de moi, me laissant à mon triste sort en haut. Ces humains alors. Si j’allais voir Big-Nounours, elle me consolerait peut être, elle au moins. Ah non, elle va encore vouloir me sentir, et j’ai horreur de ça. On n’a pas élevé des chatons ensemble, tout de même. Je vais dormir dans mon nid, incomprise. Ce soir, j’irais voir Big-Bouvier, et je l’agresserais pas. Durant les dix premières secondes. Faut pas trop m’en demander non plus, ce n’est qu’un chien après tout.
   Je me suis bien amusée avec tous ces chats. Quand je repense à la tête qu’ils ont faite quand ils


m’ont vue… Faudra que je demande à Mini-mimine de recommencer. Elle attire les bestioles ici, et moi, je m’en occupe. Je pourrais courir après eux, et puis ensuite, on pourra s’amuser toutes les deux, comme au tennis, à se renvoyer la balle-chat. J’ai inventé un jeu tiens, faudra que je lui en cause. Avec les pattes, sinon, elle ne va encore rien comprendre à ce que je veux lui expliquer, et elle va s’énerver. C’est que c’est susceptible ces petites bêtes, je trouve. Enfin, pour l’instant, le dodo porte conseil, vais faire une petite sieste pour reprendre des forces. Et puis il fait trop chaud pour un bouvier. Vite, de l’ombre !

 

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